Le spectacle vivant, par essence, est itinérant. Les artistes, les équipes techniques et le matériel voyagent de ville en ville pour rencontrer le public.
Mais cette mobilité a un coût environnemental important. L’empreinte carbone d’une tournée est désormais un sujet incontournable pour les compagnies, producteurs et diffuseurs.
Entre attentes sociétales et impératifs budgétaires, il devient essentiel d’identifier les leviers pour réduire l’impact écologique sans sacrifier la créativité artistique.
Dans cet article, nous expliquerons ce qu’est l’empreinte carbone d’une tournée et les moyens pour la calculer et agir en conséquence.
Comprendre l’empreinte carbone d’une tournée
L’empreinte carbone correspond à la quantité totale de gaz à effet de serre émise par une activité.
Dans le spectacle vivant, les tournées concentrent plusieurs postes particulièrement énergivores qui rentrent dans le calcul de l’emprunte carbone :
- Transports : artistes, techniciens et matériels parcourent souvent des milliers de kilomètres. Le transport représente en moyenne 60 à 80 % des émissions liées à une tournée.
- Énergie des lieux de spectacle : chauffage, climatisation, éclairages et sonorisation.
- Décors, costumes et matériel technique : la conception, fabrication et transport pèsent lourd dans le bilan carbone.
- Hébergement et restauration : chaque déplacement multiplie les nuitées et les repas hors domicile.
- Communication : supports imprimés, affiches, flyers, billetterie physique.
Pourquoi il crucial de se préoccuper de l’empreinte carbone d’une tournée
S’intéresser à l’empreinte carbone d’une tournée ne relève pas uniquement de la conscience écologique : c’est aussi une question d’image, de réglementation et de gestion économique.
Les spectateurs sont de plus en plus attentifs aux engagements environnementaux des structures culturelles et attendent des artistes qu’ils montrent l’exemple.
Dans le même temps, de nombreux financeurs publics et privés conditionnent désormais leurs soutiens à des démarches responsables, intégrant des critères de durabilité dans l’attribution des subventions.
Enfin, au-delà des enjeux d’image et de financement, réduire l’empreinte carbone d’une tournée peut aussi générer des économies. Limiter les déplacements coûteux, mutualiser les ressources ou alléger les décors permet souvent de réduire significativement le budget logistique.
Comment mesurer l’empreinte carbone d’une tournée
Avant de mettre en place des actions correctives, il est indispensable de mesurer l’empreinte carbone pour identifier les postes énergivores.
Plusieurs outils existent pour réaliser un bilan carbone adapté au secteur culturel. Des calculateurs spécialisés, permettent d’estimer l’impact des transports, des hébergements et des repas entre autres. Il existe notamment l’outil Seeds (Simulation d’Empreinte Environnementale pour le Spectacle), qui propose un calculateur simplifié et gratuit.
Certaines solutions numériques offrent un suivi très fin, centralisant les données de consommation et les déplacements pour dresser une cartographie précise des émissions.
Certaines structures du spectacle vivant ont déjà franchi le pas en publiant leurs résultats : festivals, compagnies et salles de spectacle communiquent désormais sur leur empreinte carbone pour sensibiliser leur public et inciter leurs pairs à s’engager.
Mesurer, c’est non seulement identifier les postes les plus émetteurs, mais aussi établir une stratégie réaliste et suivre ses progrès au fil du temps.
Agir pour réduire l’empreinte carbone d’une tournée
Une fois l’empreinte carbone mesurée, il devient possible de passer à l’action. Les leviers sont multiples, et chacun peut contribuer à limiter l’impact environnemental d’une tournée sans pour autant réduire la portée artistique du projet.
L’enjeu n’est pas de freiner la création, mais d’inventer de nouvelles manières de produire et de diffuser le spectacle vivant de manière plus responsable.
Repenser les transports, premier poste d’émissions
L’un des leviers majeurs consiste donc à optimiser la mobilité. Favoriser le train pour les déplacements en Europe permet de réduire les émissions de CO₂
Les compagnies peuvent aussi envisager des itinéraires plus cohérents, organisant des tournées en blocs géographiques pour éviter les allers-retours inutiles.
De plus, certaines structures mutualisent désormais la logistique en partageant un bus ou un camion avec une autre troupe qui se déplace dans la même région, réduisant ainsi le nombre de véhicules en circulation.
**De plus, vous pouvez inciter le public à utiliser les transports en commun** pour se rendre aux spectacles ou bien à faire du covoiturage.
Décors et matériel : vers l’éco-conception et la réutilisation
Les décors et équipements techniques constituent un autre poste significatif.
Adopter une démarche d’éco-conception consiste à réfléchir en amont aux matériaux utilisés, à leur durabilité et à leur réutilisation possible.
Par exemple, certaines compagnies fabriquent désormais des décors modulables, conçus pour être démontés et réassemblés facilement, afin d’éviter de nouveaux achats pour chaque production.
Le recours à la location plutôt qu’à l’achat systématique est aussi une piste : mutualiser un parc de projecteurs ou de structures scéniques permet de réduire à la fois les coûts et les émissions liées à la fabrication et au transport.
Hébergement et restauration : un impact souvent sous-estimé
Lors d’une tournée, les équipes passent de nombreuses nuits à l’hôtel et prennent leurs repas quotidiennement à l’extérieur. Or, ces choix ont également une empreinte carbone.
Privilégier des hébergements labellisés (par exemple les hôtels certifiés Clef Verte en France) permet de réduire significativement l’impact environnemental.
Côté restauration, travailler avec des traiteurs locaux, choisir des menus de saison et limiter les repas très carnés contribue aussi à alléger l’empreinte carbone.
Selon l’ADEME, un repas végétarien émet en moyenne 2,5 fois moins de CO₂ qu’un repas carné classique.
Communication : sobriété et digitalisation
La communication est un champ où de réels progrès sont possibles.
Les affiches et flyers, longtemps incontournables, ont un coût écologique important en termes de papier, d’encre et de transport.
La billetterie en ligne, la signature électronique des contrats et les dossiers de diffusion numériques sont des alternatives efficaces.
Bien que le numérique ait lui aussi une empreinte carbone, il reste globalement plus sobre que l’impression massive.
Des initiatives déjà inspirantes
De plus en plus d’acteurs montrent la voie. Par exemple, le Festival d’Avignon expérimente des solutions de mutualisation logistique pour transporter les décors par fret ferroviaire depuis l’ïle de France.
Cette initiative prouve que concilier diffusion artistique et réduction d’impact est non seulement possible, mais aussi porteur d’innovation et de nouvelles coopérations.
Pour vous aider à identifier ces leviers d’actions vous pouvez tout d’abord vous former à la transformation écologique dans le spectacle vivant. Arviva propose notamment des formations à ce sujet dans diverses régions.
Le rôle des outils numériques dans la transition écologique
Si le numérique est parfois perçu comme une source supplémentaire de consommation d’énergie, il peut aussi devenir un formidable levier pour limiter l’empreinte carbone d’une tournée.
Utilisés de manière stratégique, les logiciels et plateformes collaboratives permettent d’optimiser l’organisation, de mieux anticiper les déplacements et de suivre l’impact environnemental en temps réel.
Optimiser la planification des tournées
Un logiciel de gestion adapté au spectacle vivant permet de concevoir des itinéraires cohérents, en regroupant les dates par zones géographiques.
Par exemple, plutôt que d’enchaîner des représentations à Paris, Lyon puis Berlin, puis de revenir en France, il est possible de structurer la tournée en blocs régionaux, réduisant ainsi les kilomètres parcourus.
Cette rationalisation, rendue possible par une visualisation claire des calendriers et des cartes, limite non seulement les émissions de CO₂ liées au transport mais aussi les coûts logistiques.
Favoriser la dématérialisation et limiter le papier
La billetterie en ligne, la signature électronique des contrats ou encore les dossiers de diffusion numériques sont autant de solutions qui réduisent l’usage de papier et de transports postaux.
Bien que cette dématérialisation ait elle-même une empreinte numérique, elle reste, lorsqu’elle est bien pensée, plus sobre que des impressions massives et des envois physiques.
Créer une culture organisationnelle durable
Enfin, au-delà des outils, le numérique favorise une nouvelle façon de travailler : réunions en visioconférence pour limiter les déplacements inutiles, communication interne plus fluide, partage de bonnes pratiques écologiques au sein des équipes.
Il contribue ainsi à installer durablement une culture d’efficacité et de sobriété énergétique.
L’empreinte carbone d’une tournée n’est plus une donnée secondaire : elle s’impose comme un enjeu stratégique pour l’avenir du spectacle vivant.
Comprendre les sources d’émissions, mesurer avec précision et agir sur les principaux leviers permet non seulement de réduire l’impact écologique, mais aussi de renforcer la viabilité économique et l’image des structures culturelles.
Chaque initiative compte : une tournée écoresponsable, même à petite échelle, participe à une dynamique collective de transition écologique.
Le défi est grand, mais il est aussi porteur d’opportunités : et si votre prochaine tournée devenait l’exemple d’une démarche artistique et durable, capable de conjuguer exigence créative et engagement pour la planète ?